Visite des Moulins du Nohain
Immersion dans le patrimoine hydraulique de la Nièvre à Cosne sur Loire, avec les moulins du Nohain
Une journée au fil de l’eau et de l’histoire
Samedi 26 septembre 2026, les passionnés de patrimoine hydraulique ont parcouru le val du Nohain, de Cosne-Cours-sur-Loire à Boulleret, pour une journée consacrée aux moulins de la Nièvre.
Au programme : rencontres avec des propriétaires attachés à la sauvegarde de ce patrimoine industriel exceptionnel, découvertes techniques et retour sur huit siècles d’histoire meunière.
Sur les 57 km que parcourt le Nohain avant de rejoindre la Loire, une soixantaine de moulins étaient en activité selon une étude de 1809 — la Nièvre en comptait alors 584, dont 9 moulins à vent.
Ce fleuve patrimonial, encore trop méconnu, a forgé l’économie et les paysages de tout le Cosneois.
9 h — Accueil chez Francis Lefebvre-Vary à Cosne-sur-Loire
La journée s’ouvre chez Francis Lefebvre-Vary, président d’honneur de l’AMNM (Amis des Moulins de la Nièvre et du Morvan), à Cosne-sur-Loire. Après un point sur les projets de la collectivité concernant le Nohain dans la ville — un chantier de 4,5 millions d’euros de destruction qui interroge l’avenir de la rivière —, notre hôte fait visiter son propre moulin, équipé depuis 40 ans d’une turbine Leroy-Somer, encore en parfait état de fonctionnement.
10 h 30 — Le Moulin Paillot à Saint-Martin-sur-Nohain : un moulin intact depuis 1996
Direction ensuite Saint-Martin-sur-Nohain, où Monsieur et Madame Bila Haouli accueillent le groupe au Moulin Paillot, bâti sur les rives du Nohain.
Visite passionnante : ce moulin a exercé la meunerie jusqu’en 1996, et tous ses équipements demeurent intacts et opérationnels — un cas rare.
Sa turbine est actuellement en cours de restauration, et les propriétaires souhaitent valoriser le potentiel industriel et pédagogique du site.
Une histoire façonnée par les moines de Saint-Laurent-l’Abbaye
Construit par les moines de Saint-Laurent-l’Abbaye, le Moulin Paillot leur a appartenu jusqu’en 1724, avant d’être cédé à des particuliers. D’abord tourné vers les particuliers, le moulin s’oriente ensuite vers la clientèle des boulangers.
Les 2 derniers exploitants — Pierre Billout (1923-1945) puis Bernard Gache (1945-1996) — ont raconté avec passion leur vie de meuniers. Le moulin conserve un matériel remarquable, dont des machines à cylindres, témoins de la modernisation de la meunerie au XXᵉ siècle.
12 h 30 — Déjeuner à La Petite Venise, dans un ancien moulin
15 h — Moulins de la Commanderie à Moulin-l’Évêque
L’après-midi conduit à Saint-Père, chez Alexandre Foudrat, au cœur du hameau de Moulin-l’Évêque, situé entre Saint-Père et Cosne-Cours-sur-Loire le long de la rue des Moulins.
Sur cette petite rue, trois moulins se dressent côte à côte, installés sur des bras du Nohain que la main de l’homme a divisé en quatre bras, faisant autrefois fonctionner jusqu’à 4 roues hydrauliques.
Ces moulins furent donnés par l’évêque d’Auxerre aux moines de la commanderie templière de Villemoison — d’où le nom de « Commanderie ».
À la Révolution française, les moulins sont vendus à la famille Mégrot, qui les conserve jusqu’en 1983. Aujourd’hui, 3 vestiges se contemplent encore :
- Le Moulin Blanc, transformé en glacière en 1928 et resté en activité jusqu’en 1976 ;
- Le « Grand Moulin », qui conserve au premier étage ses meules et au rez-de-chaussée sa trémie ; on devine encore sur sa façade le mécanisme qui entraînait la meule. Sa roue, démontée, a laissé sur le mur côté Nohain les traces de son passage ; elle fut remplacée en 1930 par une turbine, transformant le moulin en scierie ;
- Le Moulin du Commandeur, joyau du site, avec sa remarquable roue à aubes protégée par un cabanon en bois.
Le Moulin du Commandeur, dernier atelier de cannelage de la région
Construit en 1732, le Moulin du Commandeur appartient à la famille Mégrot dès 1918, avant que Madame Mégrot n’en fasse don à La Camosine en 2008. Alexandre Foudrat l’a racheté il y a deux ans et en est aujourd’hui l’ardent défenseur.
En 1897, le moulin est reconverti en atelier de cannelage de cylindres de meunerie — une spécialité rarissime. L’atelier a fonctionné jusqu’en 1983 et est conservé strictement en l’état : au rez-de-chaussée, toutes les machines et tous les outils demeurent tels quels, véritables témoins d’une activité aujourd’hui complètement disparue. À l’étage subsistent les traces de son passé de moulin à grains, et l’appui d’une fenêtre porte une date gravée : « 1860 ».
Alexandre Foudrat livre au groupe un cours magistral sur la technique du cannelage des cylindres de broyage à farine. Dans l’atelier trône une machine Bühler automatique, capable de canneler deux cylindres simultanément, complétée par plusieurs tours à métaux. Les clients meuniers venaient de la Nièvre, de l’Yonne, du Loiret et du Cher.
À l’extérieur, la roue hydraulique de 5,60 m de diamètre, dotée de 48 palettes de 0,80 m de large, développe une puissance théorique de 7 chevaux.
17 h — Le Château de Buranlure à Boulleret : clôture en beauté
La journée se conclut au Château de Buranlure à Boulleret, sur invitation de la propriétaire, Madame d’Hautefeuille. Place forte entre la Bourgogne et le royaume de France pendant la guerre de Cent Ans puis les guerres de religion, ce château bâti entre les XIVᵉ et XVIᵉ siècles se transmet au fil des siècles jusqu’à ses propriétaires actuels.
Dans une magnifique lumière de fin de journée, le groupe admire les pièces du château, magnifiquement restaurées, tout en écoutant les captivantes explications historiques de Madame d’Hautefeuille.
Remerciements
Au terme de cette journée riche en découvertes, un merci chaleureux aux Bourguignons pour leur accueil, et en particulier aux Amis des Moulins de la Nièvre et du Morvan, sans qui ce patrimoine hydraulique perdrait peu à peu sa mémoire et ses savoir-faire.






















